GOUVERNANCE ET IDENTITES

Noblesse, villes et clergé du duché de Luxembourg face à l’intégration dans l’ « Etat bourguignon » et l’« Etat habsbourgeois » (milieu XVe – début XVIe s.)

 

Le présent projet de recherche a pour objet la gouvernance du duché de Luxembourg par les princes bourguignons et habsbourgeois à l’époque charnière du XVe au XVIe siècle. Une attention particulière sera accordée à l’attitude des élites ecclésiastiques et laïques face à ce nouveau régime politique ainsi qu’au problème de l’intégration de ces derniers dans le vaste territoire de l’« État bourguignon » et, depuis 1482, l’« État habsbourgeois ». Pour l’époque allant des années précédant la prise définitive des Bourguignons (1462) jusqu’aux débuts du règne de l’empereur Charles de Habsbourg (années 1520), ce projet vise à analyser des questions politiques d’intégration et de rejet, de formations identitaires et de transferts culturels. Plutôt que d’opposer comme le font les études anciennes, noblesse et État, particularisme et pouvoir central, le projet vise l’analyse des interactions entre tous les acteurs participant à la gouvernance. Ce sujet bien étudié pour d’autres régions des pays bourguignons et puis habsbourgeois n’a guère été étudié pour le duché de Luxembourg. Une tentative de synthèse de l’histoire socioculturelle de l’évolution politique et institutionnelle de cet espace compris entre Meuse et Moselle à l’époque du Moyen Âge finissant et du début des Temps Modernes analysant « la naissance du ‘pays’ » fait jusqu’ici défaut. Or, le Luxembourg occupe une position bien spécifique à la frontière entre France et Empire, de part et d’autre de la frontière linguistique.

À ce jour, nous ne disposons ni d’une synthèse d’histoire événementielle et institutionnelle pour les XVe et XVIe siècles ni d’une analyse du rôle des élites régionales face aux changements dynastiques. Afin de pouvoir analyser « la genèse de l’État moderne » – notion impropre qu’il faudrait nuancer – dans le cas bien spécifique du duché de Luxembourg, notre étude portera non seulement sur l’évolution institutionnelle et administrative du duché, mais encore sur les différentes élites sociales qui ont dirigé le duché, notamment les membres du Conseil aulique/provincial et des Trois états. Cependant, le projet compte aller plus loin. Il entend questionner les interactions positives (intégration, négociations) ou négatives (opposition, conflits) entre les différents acteurs au niveau central et au niveau régional afin de mieux saisir d’une part la croissance de l’État et d’autre part les mouvements de formation identitaire. Le concept d’ « identités », ou mieux, de « formation identitaire », aux derniers siècles du Moyen Âge a récemment fait objet d’intenses débats historiques. De récentes études montrent que ni un esprit national « bourguignon », ni une identité « luxembourgeoise » n’auraient été élaborés au XVe siècle. Toutefois, le questionnement de l’historien luxembourgeois Gilbert Trausch « Comment rester distincts dans le filet des Pays-Bas? », c’est-à-dire la question du développement d’un particularisme « luxembourgeois » par opposition aux autres entités de l’ « État bourguignon », reste très présente dans la littérature et mérite un réexamen approfondi.

Afin de comprendre les développements institutionnels, politiques et socioculturels, le projet de thèse suivra quatre axes de recherche, centrés autour de quatre concepts : la formation de différentes manifestations d’identité dans cette région d’Entre-Deux, l’intégration (ou son refus) des élites sociales dans l’ « État bourguignon », puis dans l’ « État habsbourgeois », les transferts culturels, et, en dernier lieu, la représentation contemporaine de « l’Autre ». Il s’agira de remettre en question l’image traditionnelle de l’unité interne du duché de Luxembourg face à ce que les historiens ont longtemps appelé improprement les premières « dominations étrangères ». La gouvernance et le pouvoir central du duché servent de base à tous ces questionnements. Peut-on parler d’une « genèse d’un État moderne de type bureaucratique » au seuil des Temps modernes au duché de Luxembourg? L’importance des élites sociales dans ce processus étatique sera tout aussi bien analysée que le rôle des souverains bourguignon et habsbourgeois.

since 2015

Doctoral candidate:
Gilles Genot

Supervisors:
Michel Pauly
Jean-Marie Moeglin

CET Members:
Eloïse Adde
Eric Bousmar

Funding:
FNR
AFR